Entre le 6 et le 18 novembre 2017 se déroule à Bonn en Allemagne la 23ème conférences des parties qui regroupe la plupart des dirigeants nationaux, des villes, des États, des entreprises, des investisseurs, des ONG ainsi que les représentants de la société civile. L’objectif de cette 23 -ème conférence est d’atteindre les objectifs de l’Accord de Paris sur le changement climatique. La COP est organisée par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques. Cette année elle est présidée par l’état de Fidji.

Pourquoi est-ce si important ?

Le changement climatique augmente déjà considérablement la probabilité de conditions météorologiques extrêmes, des vagues de chaleur aux épisodes cycloniques et inondations. Mais sans coupures brusques des émissions mondiales de carbone, nous pourrions nous attendre à des «impacts plus graves, étendus et irréversibles» pour des milliards de personnes et pour notre environnement naturel. L’accord historique de Paris lors de la COP21 en 2015 a débouché sur le premier accord – véritablement mondial – afin de lutter contre le changement climatique, mais les mesures nationales doivent être considérablement renforcées pour atteindre l’objectif de maintien de la température mondiale en dessous de 2C et, si possible, 1,5C.

Une situation alarmante, à nouveau à la hausse, selon les climatologues

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre issues des énergies fossiles sont reparties à la hausse en 2017, après trois ans de stabilité, selon une étude publiée lundi 13 novembre 2017 en marge de la 23eme conférence climat de l’ONU (COP23). Les émissions de CO2 liées à l’industrie et à la combustion d’énergies fossiles devraient croître d’environ 2% cette année par rapport à 2016 (entre 0,8% et 2,9%), et atteindront un record de 36,8 milliards de tonnes, après des années 2014 à 2016 quasiment stables, souligne le Global Carbon Project dans son 12e bilan annuel, réalisé par des scientifiques du monde entier. « Le monde n’a donc pas atteint son « pic » d’émissions », notent les auteurs de l’étude, publiée dans les journaux Nature Climate Change, Environmental Research Letters et Earth System Science Data. « Cela montre qu’il faut agir plus fortement. Il faut oublier toute autosatisfaction ».

Sur cette image au-dessus : la courbe noire montre l’augmentation des émissions de CO2 depuis les années 2000, jusqu’à la haute de la courbe avec son inflexion qui semblait être un plateau, pouvant amorcer un déclin. Mais les dernières données suggèrent une tendance à l’augmentation en 2017. Le schéma de droite montre différents scénarios avec la hausse de température globale possible, en fonction de la quantité de CO2 émis. ©Global Carbon Project.
« C’est une grande déception », souligne une des auteurs, Corinne Le Quéré, de l’université britannique d’East Anglia. « Avec 41 milliards de tonnes de CO2 émis estimés pour 2017 (si l’on ajoute les effets dûs à la déforestation, ndlr), on risque de manquer de temps pour garder la température sous 2°C, et a fortiori 1,5°C », objectif fixé par l’accord de Paris adopté fin 2015 contre le réchauffement climatique. Pour ce faire, « il faudrait que les émissions atteignent leur pic ces prochaines années et diminuent ensuite rapidement », rappelle-t-elle.

Baisse des émissions dans 22 pays, mais croissance dans 101 autres…

La Chine, qui génère 28% de ces gaz à effet de serre et avait permis d’améliorer la situation des années passées en réduisant son recours au charbon, est largement à l’origine de la dégradation de 2017, notent les chercheurs. En cause, un boom de la production industrielle et une production hydro-électrique diminuée par des épisodes de sécheresse. Aux Etats-Unis aussi, les émissions devraient baisser moins fortement (-0,4%, contre -1,2% en moyenne annuelle précédemment). C’est la première fois en 5 ans que la consommation de charbon augmentera (+0,5%), du fait de la nouvelle préférence donnée au charbon plutôt qu’au gaz naturel.

L’Inde voit ses émissions croître un peu moins (+2%) mais ce devrait être temporaire, préviennent les chercheurs. Quant à l’UE, ses émissions reculent moins vite que la décennie précédente (-0,2%). Les dix principaux émetteurs sont, dans l’ordre, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Russie, le Japon, l’Allemagne, l’Iran, l’Arabie saoudite, la Corée du sud et le Canada (l’UE dans son ensemble se classe en 3e position).

D’ici 2020-2040, une inflexion de la courbe, mais avec quelle conséquence pour l’élévation de la température ?

« Plusieurs facteurs montrent une poursuite de la hausse des émissions mondiales en 2018, » souligne Robert Jackson, de l’université de Stanford. Pour autant, il est peu probable qu’elles retrouvent les taux de croissance élevés des années 2000 (plus de 3% annuels), estiment les scientifiques, qui entrevoient plutôt des taux légèrement positifs voire une stabilité, conformes aux engagements nationaux pris à ce stade par les pays à Paris. Signe encourageant, sur la période 2007-2016, 22 pays ont vu leurs émissions décroître malgré la croissance économique. En revanche elles ont crû dans 101 pays. Les énergies renouvelables se développent de manière remarquable (+14% par an ces 5 dernières années), mais il faudra « quelques années pour qu’elles aient un impact significatif sur les émissions mondiales de CO2 ». La communauté internationale, réunie à la COP23 à Bonn jusqu’à vendredi 17 novembre, tente de s’accorder sur les moyens de mettre en œuvre l’accord de Paris, notamment pour renforcer les engagements nationaux.

Espérons que cette 23 -ème conférence malgré cette situation critique prenne le courage de l’exemplarité pour faire en sorte que l’objectif de l’augmentation le cap des + 2 degrés de l’accord de Paris soit maintenu et les actions qui en découlent soient engagées par la plupart des nations déjà industrialisées, et, à fortiori, celle en voie de développement.

Source : GCP, UN-COP 23, Corinne Le Quéré